Date : 12-02-2009

Beau travail!

Depuis que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a annoncé qu’il sabrait des programmes, tels Prom’Art et Routes commerciales, dont l’objectif était de soutenir le rayonnement à l’étranger de nos artistes et l’exportation de leurs œuvres, des voix se sont élevées de partout au pays pour réclamer soit leur reconduction, soit leur remplacement par de nouvelles mesures visant les mêmes fins.
 
Premiers ministres et ministres provinciaux responsables de la culture, présidents d’organismes et dirigeants d’organisations sectorielles, responsables d’associations professionnelles et de regroupements disciplinaires, patrons d’industries culturelles, tous ont affirmé que les programmes abolis étaient nécessaires, qu’ils avaient toujours leur place, leur utilité et leur pertinence.
 
Il y a quelques semaines, dans une tournée qualifiée de consultation pré-budgétaire, le ministre du Patrimoine s’est rendu dans plusieurs régions, dont Montréal, où il a rencontré une vingtaine de personnalités de la scène culturelle.  Ces dernières ont vanté sa grande écoute, tout en notant sa faible propension à prendre des engagements à l’égard des programmes abolis.  Par la suite, la plupart ont été fort déçus à la lecture du dernier budget fédéral : rien pour remplacer la grande majorité des programmes abolis, rien pour soutenir la création, rien pour le Conseil des Arts du Canada !
 
Encore cette semaine, en comité parlementaire à la Chambre des communes, s’appuyant sur des études internes qu’il refuse de rendre publiques, le ministre se contente d’affirmer que les défunts programmes étaient inefficaces, allant ainsi à contresens de ce que maintient globalement le milieu de la culture.  Ce ministre et son gouvernement sont-ils les seuls à avoir le pas ?  
 
A la veille de la disparition définitive de ces programmes, le ministre peut-il au moins dire à nos artistes à quelles portes ils devront désormais frapper pour obtenir l’appui essentiel de leur gouvernement pour accéder aux scènes internationales et exporter leurs œuvres ?  
Si le ministre Moore veut que cesse le rayonnement de notre culture dans le monde, ou pire, si son gouvernement souhaite désormais contrôler qui ou quoi s’exporte ou pas en matière artistique ou culturelle, il devrait le faire savoir clairement, afin que chacun en prenne bonne note…  À ceux qui l’auraient oublié, rappelons d’ailleurs à cet égard que le ministre Jim Flaherty avait candidement reconnu, en septembre dernier, que les considérations politiques avaient définitivement joué un rôle dans les coupures de programmes en matière de culture.
 
Les conséquences de l’entêtement du ministre --- devrions-nous plutôt dire du gouvernement conservateur ? --- sont déjà mesurables et quantifiables.  Une enquête de CINARS, publiée en décembre dernier, indiquait qu’au cours des trois prochaines années quelque 3 500 représentations de spectacles canadiens à l’étranger seraient annulées.  Les pertes en revenus pourraient dépasser les 20$ millions. Et c’est sans compter les effets de la crise économique mondiale, dont nous ne subissons encore que les premiers effets…
 
Alors qu’en ces temps difficiles, le gouvernement canadien devrait plus que jamais appuyer ses artistes et soutenir leurs créations, favoriser leur rayonnement international et l’exportation de leurs œuvres, le récent budget Flaherty n’a prévu aucun nouvel investissement au Conseil des Arts du Canada, ni aucune mesure de remplacement des programmes Prom’Art et Routes commerciales abolis l’été dernier.
 
Pourtant, il a su trouver 25 M$ à investir dans un fonds de dotation visant à appuyer la création des Prix du Canada pour les arts et la créativité qui, prétend-on, feraient du Canada une capitale culturelle mondiale. Ce n’est pas en créant des prix, aussi prestigieux soient-ils, que le Canada s’achètera une reconnaissance mondiale dans le domaine de la culture.  C’est d’abord en soutenant ses propres artistes et en créant ici un environnement stimulant et favorable à la création artistique.  Puis c’est ensuite en aidant les meilleurs d’entre eux à se faire apprécier par les publics les plus larges possibles sur toute la planète et en les aidant à faire connaître et apprécier leurs œuvres.
 
Pour clore le sujet des Prix du Canada, permettons-nous une certaine ironie en saluant la remarquable cohérence du Premier ministre Harper qui stigmatisait durement les artistes, au cours de la dernière campagne électorale fédérale, pour leur participation à de « riches galas subventionnés par les contribuables ».  Aujourd’hui, il investit 25 $ millions dans une opération de promotion internationale, justifiant ainsi une fastueuse cérémonie de remise de prix orchestrée par le Festival Luminato…
 
Durant la mémorable campagne électorale, le Premier ministre et sa très peu regrettée ministre Josée Verner, qualifiaient les artistes d’enfants gâtés du système.  Une étude publiée il y a quelques jours par la maison Hill Stratégie Recherche rafraichira, espérons-le, leurs connaissances.  Se basant sur les données du recensement de 2006, l’étude explique que le revenu moyen des artistes canadiens est passé de 23 500 $ en 2001 à 22 700 $ en 2006, alors que le revenu moyen des travailleurs canadiens atteignait 36 300 $.  L’écart des premiers par rapport aux seconds est désormais de 37%, alors qu’il était de 23% en 1990.  
 
Non seulement nos artistes s’appauvrissent, mais on coupe les programmes et les subventions qui, pour plusieurs d’entre eux, est une question de survie professionnelle  Beau travail ! Assoyons-nous bien confortablement et regardons ensemble le spectacle du dépérissement des arts vivants et de la culture canadienne sur les scènes internationales. En corollaire, le Canada ne sera plus sur la scène internationale qu’un pays commerçant et guerrier.
 
 
Stanley Péan
Président de l’Union des écrivains et écrivaines du Québec
Au nom des 14 000 artistes et travailleurs de la culture québécois et de leurs organismes regroupés au sein du Mouvement pour les arts et les lettres.
 
Source :
Mouvement pour les arts et les lettres
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