Date : 07-02-2007

Assez d'aumônes, davantage de récurrence !

Passé l’heure des bilans, le Mouvement pour les arts et les lettres souhaite que non seulement les artistes et travailleurs culturels de toutes les régions du Québec puissent tourner d’un même élan leur tête vers l’avenir, mais que les instances gouvernementales en fassent autant.
 
Ainsi que nous l’affirmions dans une lettre ouverte publiée en début janvier, la longévité exceptionnelle de Line Beauchamp à la Culture et aux Communications a assuré à ce ministère une stabilité qu’il n’avait guère connue sous de précédentes administrations. Hélas, comme nous l’avons également souligné, cette longévité n’a pas compensé de vieux réflexes dont beaucoup d’élus ont tendance à se prévaloir, notamment le manque de vision à long terme et la perpétuation d’un mode de gestion qui place souvent les artistes et les travailleurs culturels dans une position de quémandeurs.
 
À l’aumône, aussi généreuse et bienvenue soit-elle, nous préférerons toujours la récurrence, c’est-à-dire un engagement financier soutenu, croissant et à la hauteur des besoins. Nous estimons inacceptable que l’on perpétue dans le domaine des arts et des lettres si lié à l’identité québécoise, « l’une des cinq missions essentielles de l’État » (dixit Jean Charest lui-même) cette gérance à la petite semaine qui certes permet de régler ponctuellement les crises qui surviennent, mais ne permet guère de les prévenir et empêche le développement durable et permanent.
 
Sombre avenir sans la récurrence
 
Depuis quelque temps, des intervenants de diverses disciplines artistiques ont fait entendre des sons de cloche alarmants en ce qui concerne l’avenir de plusieurs de nos institutions et organismes culturels dont certains sont très réputés. Bon nombre de compagnies qui diffusent sur la scène internationale les créations de nos artistes sont habituées à prendre des risques financiers qui pourraient leur être fatals si les subventions attendues devaient ne pas tomber en place au bon moment ou s’avérer en-deçà des sommes nécessaires pour éviter des déficits parfois irrécupérables. Plus que jamais, le sous-financement des arts et des lettres par les administrations québécoises successives est devenu un mal chronique. D’avoir applaudi l’attribution de certains crédits au Conseil des arts et des lettres du Québec ne nous dispense pas de déplorer la non-récurrence de ces investissements.
 
Pour illustrer la situation de précarité, d’insécurité et d’inquiétude qui accable le milieu des arts et des lettres, il suffit d’évoquer les fermetures annoncées d’organismes essentiels à la vie des arts et des lettres au Québec, voire la mort de prestigieuses institutions, auxquelles nous assistons, impuissants, depuis quelques années. Dans ces conditions, et c’est une question qui nous préoccupe sérieusement, si même les organisations établies ne peuvent compter sur un soutien adéquat et récurrent, comment la relève qui presse aux portes pourrait-elle espérer en franchir le seuil ?
 
Du temps où elle siégeait dans l’Opposition, la ministre Beauchamp militait pour la mise à jour nécessaire de la politique culturelle de l’État québécois. Dans sa plate-forme De rempart à tremplin, elle faisait alors de l’amélioration des conditions de vie et de pratique des artistes et travailleurs culturels l’un de ses chevaux de bataille. Elle promettait aussi de rompre avec la tradition des solutions à court terme, programmes discrétionnaires sans effets structurants pour les milieux de la culture. Forte de ces principes, elle a fait disparaître le Fonds de stabilisation et de consolidation qui a permis à bon nombre de nos organismes de se développer sur le plan structurel et financier. Certes, ce choix pouvait sembler cohérent. Mais qu’a proposé la Ministre comme alternative susceptible d’assurer le développement de nos organisations? Et que sont ces crédits devenus? Nous attendons encore des mesures à long terme qui permettront à l’ensemble du milieu des arts et des lettres de s’édifier sur des fondations solides, au lieu de passer le plus clair de son temps à tenter de sauver les meubles.
 
À quand ce tremplin?
 
Pour que nos artistes et travailleurs culturels de toutes les régions du Québec arrivent à réellement mieux vivre de l’art, il est essentiel que le Ministère accroisse de manière récurrente les crédits destinés aux programmes de bourses auxquels les créateurs sont éligibles. De même, il est essentiel qu’il bonifie les programmes de soutien direct aux organismes qui assurent la création, la production et la diffusion des œuvres. Seule une consolidation des organismes pour qui ou au sein desquels travaillent les artistes peut assurer le développement durable des pratiques artistiques dans toutes les disciplines.
 
Maintenant qu’il a bel et bien entrepris sa campagne annuelle, notre Mouvement réclame une fois de plus l’augmentation récurrente du budget du Conseil des arts et lettres du Québec. Ce budget doit être à la hauteur des exigences de sa mission et des besoins minimaux de l’ensemble du milieu des arts et des lettres et atteindre enfin les 90 millions $ réclamés depuis 1999. Du même souffle, nous réitérons la question adressée à l’actuelle ministre de la Culture et des Communications, à celui ou celle qui lui succédera, à ses collègues des Finances et du Conseil du Trésor comme au Premier Ministre : serons-nous enfin témoins, dans les prochains mois, d’un engagement politique ferme à l’égard d’un financement adéquat et constant des arts et des lettres ?
 
 
 
Stanley Péan
Au nom du Mouvement pour les arts et les lettres
 
 
 
Le Mouvement pour les arts et les lettres regroupe huit organisations nationales et treize conseils régionaux de la culture du secteur des arts et des lettres, qui représentent près de 14 000 artistes professionnels, écrivains et travailleurs culturels. Le Mouvement est constitué du Conseil québécois du théâtre, du Conseil québécois de la musique, du Conseil des métiers d’art du Québec, du Conseil québécois des arts médiatiques, du Regroupement québécois de la danse, de l’Union des écrivaines et écrivains québécois, du Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec, de En piste – le regroupement national des arts du cirque – ainsi que des conseils régionaux de la culture de l’Estrie, de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Montérégie, du Saguenay, de la Mauricie, du Centre du Québec, de l’Outaouais, des Laurentides, de Lanaudière, du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-Nord, de la Gaspésie et de la région de Québec-Chaudières-Appalaches.
 
Source :
Mouvement pour les arts et les lettres
Renseignements pour les médias et planification d'entrevues :
info@mal.ca · Tél.: 450 788-3258 · Cell.: 450 880-2562